Origine
La tragédie apparaît à Athènes au . Elle est représentée dans le cadre des fêtes de
Dionysos (fin janvier et fin mars).
Le mot / tragôidía est composé de ' / trágos, « bouc » et ' / ôidế, « chant », il veut dire le « chant du bouc ». Mais les raisons d'un tel vocable ne sont pas très claires. La tragédie pourrait avoir été d'abord liée au satyre, compagnon de Dyonisos, mi-homme mi-bouc. Cette hypothèse semble étayée par Aristote qui affirme dans sa Poétique que la tragédie est d'origine satirique et légère.[« Ce fut assez tard que la tragédie, abandonnant les sujets trop courts et le style plaisant qui étaient particuliers au genre satirique d'où elle sortait acquit toute sa grandeur et sa pompe », Poétique, 1449a, traduction Jules Barthélemy Saint-Hilaire [1] ]
, Elle soulève toutefois des difficultés : le satyre n'est jamais appellé « bouc » dans les textes grecs et bien peu de choses semblent relier les tragédies grecques conservées et le genre satyrique. Une autre hypothèse a également été formulée : le mot bouc viendrait, non du sujet de la tragédie mais du sacrifice de cet animal avant la représentation. Les sources antiques ne permettent pas de confirmer cette hypothèse[Jacqueline de Romilly, La tragédie grecque, PUF, 1970, rééd. coll. ' Quadrige ', p 15-17 ].
Certains voient dans le 'chant du bouc' l'expression de la plainte de l'animal mené à l'autel sacrificiel, mis en parallèle avec la confrontation du héros tragique à son destin lors d'une lutte qu'il sait être perdue d'avance.
La tragédie grecque
Cadre institutionnel
Les
archontes (gouverneurs de la cité) organisaient annuellement un concours entre trois dramaturges, chacun présentant trois tragédies et un
drame satyrique. Le meilleur d'entre eux était ensuite récompensé, et ses œuvres conservées ; très peu de tragédies non récompensées nous sont parvenues. La fonction sociale de ces représentations était importante car les citoyens les plus riches supportaient les frais du spectacle alors que les moins fortunés recevaient une indemnité pour y assister.
Déroulement
Des personnages de rang noble sont impuissants face aux forces supérieures (Dieux le plus souvent) qui les manipulent. L'enchaînement des événements et le dénouement nécessairement dramatique relèvent d'une fatalité implacable, qui peut sembler injuste, inique et bien au-delà de l'endurance humaine.
La tragédie touche donc le public par la terreur et la pitié (dans le cas d'Œdipe, personnage incestueux et parricide) qu'elle fait naître. Cela en fait un genre à portée édifiante. Pour Aristote la tragédie a une vocation didactique, c'est-à-dire qu'elle vise à enseigner une vérité morale ou métaphysique au public. On appelle celà la catharsis, grâce à laquelle l'âme du spectateur serait purifiée de ses passions excessives.
La tragédie commence par un prologue () dans lequel un ou deux acteurs exposent la situation.
Le chœur entre alors en scène ; c'est la parodos (). Il prend place dans l’orchestra qu'il ne quittera plus jusqu'à la fin.
On a ensuite une alternance de dialogues entre deux ou trois acteurs : les épisodes () et de parties chorales chantées, les stasima (). Il y avait en général trois ou quatre épisodes et stasima.
La dernière partie s'appelle l'exodos (). Le chœur quitte alors le théâtre.
La littérature grecque a trois grands auteurs de tragédie : Eschyle, Sophocle et Euripide. Le théâtre romain ne semble pas avoir assez apprécié la tragédie pour que se développe une littérature tragique importante. Sénèque, cependant, a adapté en latin des tragédies grecques comme Phèdre ou Médée.
La tragédie élisabéthaine
D'importants auteurs anglais écrivent des tragédies à la fin du et au début du :
Christopher Marlowe,
Ben Jonson et
William Shakespeare. Elle reprend certains traits de la tragédie antique mais s'en distingue par l'absence d'unité et par un mélange de tons, notamment par l'insertion de passage comiques dans le texte.
La tragédie classique française
En France, à l'époque classique, les deux dramaturges les plus importants sont
Jean Racine et
Pierre Corneille. Quand sa pièce,
Bérénice, a été critiquée parce qu'elle ne contenait pas de dénouement fatal, Racine a répondu en contestant le traitement conventionnel de la tragédie. Corneille pratiquait aussi une tragédie à dénouement non fatal ou
tragi-comédie, genre apprécié auparavant mais sorti des mœurs du public depuis. À la même époque,
Jean-Baptiste Lully met au point avec Quinault une forme de spectacle hybride, la tragédie en musique ou
tragédie lyrique. La tragédie classique française se devait de respecter la
règle des trois unités.
Tragédie et modernité
Dans la littérature plus récente, la littérature décline comme genre codifié. Le tragique pourtant semble subsister dans certaines œuvres marquantes
Une Maison de poupée (
1879) du
Norvégien Henrik Ibsen,
Les Mauvais bergers, tragédie prolétarienne du Français
Octave Mirbeau (1897), ou encore, de l'Américain
Arthur Miller,
Les Sorcières de Salem et
Mort d'un commis voyageur...
Dans La Mort de la tragédie (1961), George Steiner affirme que le rationalisme a changé la conception que les hommes se font du monde au point de supprimer le tragique ainsi que le romantisme
.
Notes
Voir aussi
Articles connexes