Les origines
Les origines lointaines du trombone se trouvent probablement dans le
buccin, sorte de
tuba joué par les
romains, dont il existait une variante en forme de « S » rappelant celle du trombone actuel – le terme buccin fut d’ailleurs repris au pour désigner un trombone d’orchestre militaire dont le pavillon représentait une tête de serpent.

Gravure d’une sacqueboute
C’est probablement au qu’on eut l’idée d’ajouter deux tubes coulissants l’un dans l’autre à une
trompette basse : la coulisse était née. L'instrument ainsi créé s'appela la
sacqueboute ('sacquer' signifiant tirer vers soi et 'bouter' pousser vers le sens opposé). Il ne s'agissait pas d'un instrument radicalement différent du trombone, mais d'une version légèrement plus petite.
Ce n’est qu’à partir du , que le nom italien de trombone fut progressivement utilisé pour désigner l’instrument. L'origine du mot vient de tromba qui signifie trompette et de one, un suffixe qui signifie grand. Ainsi, au sens littéral, un trombone est une grande trompette.
Pendant toute son histoire, le trombone, en raison de son principe simple, a subi peu de modifications, principalement de taille et de forme. Les plus remarquables sont l'apparition du trombone à piston au début du XIX siècle; dans lequel la coulisse est remplacée par les pistons mis au point en 1814 par Heinrich Stölzel, et celle du trombone complet par l’ajout du barillet breveté en 1839 par le facteur allemand Christian Friedrich Sattler.
Anatomie
Le trombone est constitué d'un tube cylindrique courbé comme un
S allongé .
La section suivant l'embouchure s'appelle la
coulisse, elle permet au joueur de faire varier la longueur de l'instrument et ainsi d'obtenir la note désirée. Certains trombones ont des pistons à la place d'une coulisse et sont appelés
trombones à pistons.
La partie évasée par laquelle le son est émis se nomme le
pavillon.
Principe de jeu
Émission du son
Comme tous les instruments à embouchure, le son est produit par la mise en vibration des lèvres supérieures et inférieures, entretenue par l’air insufflé par l'instrumentiste. Cette pression est canalisée par l’
embouchure dans le corps de l’instrument. La pression d'air crée une
onde stationnaire dont la fréquence propre est imposée par l'instrument. La qualité du son dépendra alors de la qualité de la vibration, de la colonne d’air (donc de l'instrumentiste et de l'embouchure), et de la qualité du corps de l’instrument (matériaux, épaisseur, diamètre du tube, forme du tube…)
Articulation du son
Le son peut être articulé grâce à la langue produisant différentes consonnes à l'intérieur de l'
embouchure.
Les articulations les plus courantes sont le détaché, la langue produisant la consonne 't', et le
legato, avec la consonne 'l' pour le legato articulé. Les trombonistes utilisent aussi les coups de langue doubles , en prononçant successivement les consonnes 't' et 'k' pour jouer plus rapidement. Certains musiciens sont aussi capables de faire des coups de langue triples, quadruples, et même quintuples. (Sur un instrument à pistons, le legato articulé ne sera pas nécessaire.)
Une absence d'articulation entre deux notes situées sur une même
harmonique donnera un
glissando, un effet de style propre au trombone.
Modulation du son
Le fait d'exercer une tension et un maintien plus ou moins importants du masque constitué par les muscles des lèvres et le fait de varier la pression et la vitesse de l'air permet de modifier la fréquence de vibration des lèvres et donc de l'air dans l'instrument. Le musicien peut ainsi jouer pour une longueur donnée de l'instrument, à partir de la fondamentale, la suite des
harmoniques supérieures, suivant l’ordre des harmoniques naturelsss : octave, quinte, quarte, etc. : par exemple, pour un trombone en si♭, on obtiendra : si♭, si♭, fa, si♭, ré, fa, la♭, si♭... Le nombre d’
harmonique pouvant être jouées dépend alors des capacités physiques du musicien.
Cette technique ne permet de jouer que l'ensemble limité des notes correspondantes aux harmoniques de la fondamentale de l'instrument. Pour pouvoir jouer l'ensemble des notes, un mécanisme (coulisse, barillet ou piston) est alors également utilisé qui modifie cette fondamentale en allongeant la longueur de l’instrument.
La coulisse
La longueur de l’instrument est modifiée par une coulisse qui peut être allongée ou raccourcie. La coulisse est divisée en plusieurs positions — jusqu’à sept pour le trombone ténor —. Elle est en
1 position quand elle est entièrement rétractée, et en
dernière position lorsqu'elle est au maximum de son élongation. Les positions ne sont pas repérées ou marquées mais évaluées par l'instrumentiste. Accroître la longueur de la coulisse d'une position fait baisser la hauteur d'une note d'un demi-ton. Ainsi, on peut baisser la note de base d'au maximum un
triton, par exemple, sur le ténor pour atteindre le mi en partant du si bémol. Des positions intermédiaires sont également utilisées avec certains
harmoniques, ou pour ajuster certaines notes.
Les barillets supplémentaires
En conjugaison avec la coulisse, les trombones sont souvent équipés avec un dispositif — appelé
barillet, clés de pouce, ou palette — permettant au musicien de baisser la note (d'une quarte sur le ténor) en actionnant une clé de pouce. Comme avec un piston, la longueur est alors augmentée en déviant l’air dans un tube supplémentaire. Ce mécanisme permet d'augmenter la vélocité et la tessiture de l'instrument sans en altérer la justesse.
Les pistons (trombone à pistons)
Dans le trombone à pistons, la coulisse est remplacée par trois
pistons, chacun pouvant dévier la colonne d’air dans un tube de longueur différente. Ces pistons peuvent être actionnés ensemble, offrant sept combinaisons distinctes de longueur supplémentaires équivalent aux sept positions de la coulisse. Ce mécanisme permet une dextérité difficile à obtenir avec une coulisse, mais au détriment de la justesse, les positions intermédiaires n’étant pas réalisables. Le trombone à piston est un
instrument transpositeur , comme la trompette, il est souvent pensé et joué en Si♭.
| Position de la coulisse
| Pistons actionnés
| Fondamentale (en Ut)
|
| 1
| aucun
| Si♭
|
| 2
| 2
| La
|
| 3
| 1
| La♭ou sol♯
|
| 4
| 1+2
| Sol
|
| 5
| 2+3
| Sol♭ ou fa♯
|
| 6
| 1+3
| Fa
|
| 7
| 1+2+3
| Mi
|
Tableau d'équivalence entre les positions de la coulisse et les pistons actionnés
Types de trombones
Les trombones existent en cinq
registres : soprano,
alto, ténor, basse et contrebasse. Sans précision sur sa nature, le mot trombone désigne le trombone à coulisse ténor, mais il existe également un type de trombone à piston.
Le trombone ténor
Le trombone ténor est le trombone standard, quand on parle de trombone sans précision de registre, c'est du ténor dont il s'agit. Il a sa note fondamentale en si bémol. Non transpositeur, ses parties sont écrites en
ut sur
clefss de fa ou clef d’ut 4 ligne ou en clef d'ut 4 ligne (rarement, on trouve des partitions en clef de sol transposés en si♭, notamment dans les
fanfare et les « marching bands » américains). Sa coulisse est subdivisée en sept positions.
Le trombone ténor complet
C'est un trombone ténor auquel on a ajouté un dispositif de tube supplémentaire (barillet), permettant au musicien de baisser la note d'une
quarte juste en actionnant une clé de pouce et d'augmenter ainsi sa vélocité et la tessiture de l'instrument. Par opposition, le ténor sans barillet est alors appelé
Trombone ténor simple.
Les positions du trombone ténor simple et du trombone ténor complet sont identiques si on n'appuie pas sur la commande de la noix (ou barillet) du trombone ténor complet.
Le trombone basse
Le trombone basse est conçu en
si bémol et joué en
do (non transpositeur). Ses parties sont écrites en clef de fa. Il a approximativement la même taille que le trombone ténor : il a un plus gros calibre et un pavillon plus imposant ; il dispose le plus souvent de deux clés de pouce (ou barillet ou noix), généralement
fa et
ré (parfois si bémol), qui changent la tonalité de l'instrument et le rendent plus facile à jouer dans les graves. Les notes du trombone basse sont jouées de la même façon que pour le ténor (à moins d'utiliser les barillets). Il y a généralement un joueur de trombone basse par
Brass band et par
orchestre symphonique, et ils sont également souvent présents dans les ensembles de cuivres modernes.
Les trombones contrebasses
Le trombone contrebasse à coulisse est le plus rare et généralement proposé en deux modèles : l'un accordé une
octave plus bas que le ténor (fondamentale si♭), l'autre que le basse (fondamentale fa). Il existe plusieurs moyens d'augmenter la longueur du tube, mais la plus répandue consiste à utiliser une coulisse avec double enroulement.
Il est plus particulièrement utilisé dans les opéras de Richard Wagner (L'Anneau du Nibelung… ) où il est au rang de 4 trombone du pupitre, auprès de deux ténors et d'un basse . Gustav Mahler et Richard Strauss (notamment dans Elektra), l'ont également utilisé.
Plus rare encore, le modèle contrebasse à pistons comparable par sa tessiture et sa position dans le pupitre, appelé cimbasso en Italie et que des compositeurs comme Giuseppe Verdi ont utilisé dans leurs opéras.
Le trombone alto
Le trombone
alto est accordé en mi bémol ou fa, et il est plus petit que le ténor. Il a, comme le trombone ténor 7 positions, en revanche, son timbre est plus brillant. Il est principalement utilisé dans des arrangements symphoniques, mais il a connu une heure de gloire comme instrument soliste. Des compositeurs modernes l'ont d'ailleurs redécouvert et l'ont introduit dans des pièces récentes.
Le trombone soprano
Le trombone
soprano est encore plus court (donc plus aigu) et son timbre se rapproche davantage de celui de la trompette qu'aucun autre trombone. On trouve des partitions pour trombone soprano dans des pièces écrites pour ensembles de cuivres, mais peu d'œuvres classiques l'ont utilisé. Son origine est d'ailleurs incertaine, il ne s'agirait peut-être pas d'un instrument classique mais d'une apparition assez moderne.
Le trombone à pistons

un trombone à piston
Le trombone à pistons a un registre comparable à celui des trombones ténor, mais la coulisse est remplacée par trois pistons. Il dispose quelquefois de deux tubes amovibles interchangeables qui permettent de fixer sa fondamentale soit en si bémol soit en ut. L'articulation est différente, plus proche de celle de la trompette et il permet une dextérité difficile à obtenir avec une coulisse. Il est généralement considéré comme étant difficile à jouer juste, et est de moins en moins utilisé de nos jours. Contrairement au trombone ténor à coulisse, le trombone à piston est un instrument transpositeur.
Genres musicaux
Musique classique
Le répertoire du trombone en solo et en
musique de chambre commence en
Autriche pendant la
période classique du milieu du avec des compositeurs tel que
Leopold Mozart,
Georg Christoph Wagenseil, Johann Albrechtsberger et
Johann Ernst Eberlin qui l'utilisaient souvent conjointement avec une
voix.
Joseph Haydn et
Wolfgang Amadeus Mozart ont utilisé le trombone dans nombre de leurs œuvres sacrées, notamment dans deux duets avec voix de Mozart, le plus connu étant le
Tuba Mirum de son
Requiem. L’inspiration pour beaucoup de ces travaux était sans doute due à la virtuosité de Thomas Gschladt qui joua à l’orchestre de la court de
Salzbourg.
Trombonistes solistes
De nombreux
concertos,
pièces concertantesss et autres œuvre ont été écrites pour trombone
solo et
piano ou
orchestre. Ainsi plusieurs trombonistes excellents à jouer ce genre de pièces. Voir la liste des trombonistes classiques.
Exemples de pièces:
- Ballade d'Eugène Bozza ;
- Solo de concours de Paul Veronge de Lanux ;
- Thoughts of Love d'Arthur Pryor.
Jazz
Bien que le
saxophone soit l'instrument le plus symbolique du
jazz, le trombone est également très lié à cet art. L'instrument par sa souplesse, a su s'adapter à l'évolution des sonorités et phrasés propres à l'histoire de ce genre.
Le
jazz Nouvelle-Orléans étant issu des
fanfares de
cuivres, il est normal que l'on y retrouve le trombone. C'est d'ailleurs à celui-ci que l'on doit le style « tailgate »: les orchestres défilaient sur un chariot traîné par des chevaux. Pour laisser assez d'espace à son encombrante coulisse, le
tromboniste ouvrait le hayon ('tailgate' en anglais) et s'asseyait à l'arrière les pieds dans le vide. L'effet visuel, mais également sonore était garanti: cette période est celle des grands glissandos à la coulisse et autres artifices sonores. Aussi, malgré les quelques virtuoses de l'époque (le plus célèbre étant
Kid Ory), le trombone était surtout utilisé pour son côté comique.
Ce n'est que à partir des années 20 avec l'apparition du swing et des big bands que le trombone prend ses lettres de noblesses dans le jazz. Mis en valeur par les arrangeurs et les grands solistes de l'époque le trombone y est très à l'aise; citons en autres Jimmy Harrison et Jay C. Higginbotham chez Fletcher Henderson, Benny Morton, Vic Dickenson, Dickie Wells chez Count Basie, Juan Tizol (trombone à pistons), Tricky Sam Nanton, Lawrence Brown chez Duke Ellington, Tommy Dorsey...
Dans les années 40, on pensait que l'inertie de la coulisse était un frein majeur à l'utilisation du trombone dans le bebop et ces tempos endiablés (quelques-uns comme Bob Brookmeyer, passeront au trombone à pistons). Mais, c'était sans compter sur Jay Jay Johnson, qui débarrassant l'instrument de ces effets caractéristiques et développant une technique originale, parvint à atteindre la vélocité et le phrasé du saxophone. Il fut suivi par Curtis Fuller et Slide Hampton. On les retrouve dans le hard bop des années 50.
Le cool jazz fut l’occasion d’entendre Bill Harris, Kai Winding, Frank Rosolino ou Carl Fontana.
L’adaptation du jeu du trombone pendant ces années lui fit perdre ses particularités, comme le « Growl » ou les effets de coulisse. Le free jazz se les ré-appropriera dans les années 60, à travers notamment de Rowell Rudd (inspiré de Kid Ory, il jouait auparavant dans des formations de style dixieland) et Bill Watrous (beaucoup plus virtuose de l’instrument). Albert Mangelsdorff a développé la technique du « son polyphonique » consistant à jouer une note et à en chanter une autre simultanément, produisant alors une troisième note, voire une quatrième.
Aujourd’hui, l’évolution continue dans le sillage du free. D’autres musiciens, comme Ray Anderson continuent également d’expérimenter autour du trombone. Parmi les trombonistes de jazz de référence d’aujourd’hui, citons en autre Sarah Morrow, Steve Turre, Glenn Ferris, Denis Leloup ou Yves Robert.
Salsa
Willie Colon, inspiré par
Mon Rivera a popularisé l'instrument dans la
salsa.
Jimmy Bosch est un des plus célèbres trombonistes de salsa actuels.
Funk
Fred Wesley , s'imposant comme un parrain du Funk instrumental, en ayant été le directeur musical
de James Brown et en est l'un des pionniers des plus celèbres de ce style encore en activité.
Voir aussi
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